Réduction du déficit commercial francais : Interview du secrétaire d’Etat au Commerce extérieur aux Echos (10.08.15)

« Nous avons le meilleur chiffre du commerce extérieur depuis 2009 »

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Le déficit commercial se réduit mais hors pétrole et matériel militaire, il n’y a pas d’amélioration notable. N’est-ce pas inquiétant ?

Il faut regarder d’où nous partons : par rapport à 2011, la réduction du déficit, hors énergie, est de 40 %. Le déficit du premier semestre 2015 est en baisse de 20 % par rapport au semestre précédent. C’est le meilleur chiffre depuis 2009. La bonne nouvelle est aussi que nos exportations redémarrent nettement. J’ajoute que la balance commerciale ne prend pas en compte les services et le négoce, où la France dégage un excédent qui compense aux trois quarts le déficit sur les biens ! Enfin, la part de marché de la France dans le commerce mondial se stabilise, quant à elle, depuis 2012, après une longue période de baisse. C’est un ensemble de résultats très encourageants qui traduisent les efforts de redressement de notre économie.

Est-ce que l’objectif d’un équilibre en 2017, hors énergie, est définitivement abandonné ?

Je l’ai dit clairement dès mon arrivée, mon objectif en matière de commerce extérieur ne se réduit pas à un indicateur chiffré. Les chiffres du commerce extérieur sont une vue partielle de la France dans la mondialisation. Mon objectif est au contraire de mener une stratégie globale. Le déficit commercial est le résultat d’une série de facteurs qui ne dépendent pas tous de l’action publique. C’est le cas par exemple de la demande mondiale, des changes, du prix des matières premières, des crises géopolitiques... S’engager sur un équilibre en 2017 ne serait donc pas très sérieux et reviendrait à en nier l’existence. Ce n’est pas une raison pour ne rien faire, mais, au contraire, pour se concentrer sur une action de long terme.

Le commerce extérieur profite-t-il de la baisse de l’euro ?

La baisse de l’euro depuis la mi-2014 est une bonne nouvelle. Elle dope les économies de la zone euro, vers lesquelles la moitié de nos exportations sont dirigées et rend les produits français plus compétitifs hors d’Europe. Les premiers effets sont là : les prix à l’exportation baissent depuis janvier. Mais cette tendance est toute récente. Lorsque l’euro perd de sa valeur, les importations renchérissent immédiatement mais il faut plus de temps pour que les produits français soient plus compétitifs en termes de prix : c’est un classique du commerce international. Pour autant, rien ne serait pire que de tout attendre de la baisse de l’euro : il faut rendre les entreprises plus compétitives et renforcer leur accompagnement.

Nos exportations reposent beaucoup sur les grands contrats. Comment doper les exportations des PME ?

Pour une PME exportatrice en France, il y en a deux en Italie et trois en Allemagne. Il faut donc amener plus de PME à l’export et faire en sorte qu’elles puissent le faire dans la durée. Business France est le bras armé de cette démarche. J’ai lancé, en mars dernier, un plan d’action complet sur l’internationalisation des PME, avec notamment un parcours simplifié à l’export et des objectifs ambitieux de recrutement des volontaires internationaux en entreprise (VIE). Je réunis régulièrement tous les acteurs concernés, dans un Conseil stratégique de l’export pour avancer dans la même direction. Je suis aussi convaincu qu’il faut travailler sur des mesures de simplification pour renforcer l’attrait de l’international pour les PME.

La France n’est pas historiquement une nation qui a fait le choix du tout-export. C’est donc une révolution copernicienne que nous menons. Elle doit se faire avec tous les acteurs économiques, sociaux, mais aussi politiques. C’est pourquoi je présenterai prochainement devant le Parlement un rapport sur la stratégie du commerce extérieur français afin que celle-ci fasse l’objet d’un vaste débat national.
G. C., Les Echos

Dernière modification : 26/08/2015

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