L'industrie pharmaceutique constitue le second point d'appui des biotechnologies autrichiennes : la recherche médicale n'est pas cantonnée aux seules universités et cliniques universitaires mais est aussi le fait des laboratoires pharmaceutiques, fortement implantés en Autriche.
Par ailleurs, les firmes ont fourni aux sociétés de biotechnologies le savoir-faire industriel et technologique nécessaire à la production en masse de produits pharmaceutiques. Méthodes de génie des procédés ou de génie chimique, expérience du scaling-up pour le passage de la production sur paillasse à la production industrielle, mise en place des bonnes pratiques... Autant de savoir-faire présents dans l'industrie et largement absents des laboratoires universitaires. Ces savoir-faire ont donc dû transiter de l'industrie classique vers les sociétés de biotechnologies, par des échanges informels, des transferts de collaborateurs ou des accords de partenariats.
Ainsi, la contribution des entreprises de la République alpine aux sciences et aux technologies du vivant ne doit pas être sous-estimée. Historiquement, dès le XIXe siècle, la société viennoise Vogelbusch révolutionnait la culture des levures, tandis que le pédiatre et bactériologiste Theodor Escherich découvrait la bactérie-modèle des biotechnologies : Escherichia coli. Peu après, Gottlieb Haberlandt apprenait à cultiver des tissus de plantes. En 1952, la société Biochemie Kundl, aujourd'hui intégré à Novartis/Sandoz, produisait la première penicilline administrable par voie orale, car stable en milieu acide.
La société Bender&Co, devenu Boehringer Ingelheim Austria, elle, s'est illustrée dans la recherche sur les interférons. En commençant ses travaux dès 1962, en mettant sur pied la première unité de production d'interférons en 1980 puis en commercialisant son premier médicament à base d'interférons en 1981.
Autre succès à l'actif de la recherche biomédicale privée d'Autriche : le premier vaccin contre la méningo-encéphalite verno-estivale (ou méningoencéphalite à tiques), développée en 1981 par la société Immuno AG, depuis intégrée au groupe Baxter.
La société Baxter, justement, distribue des facteurs de coagulation dérivés du plasma sanguin ou obtenus par recombinaison génétique (ADVATE, prothrombine, antithrombine III, héparine, inhibiteur de l'estérase C1...), des colles à base de fibrine et des vaccins (contre la borréliose, la grippe, la polyomélite...). La société produit également des immunoglobulines (pour la lutte contre les infections et les maladies autoimmunes) et divers dérivés du plasma sanguin, tels que l'albumine. En Autriche, la firme dispose d'installations de recherche et d'un centre de production de vaccins. Elle y a développé ses activités en rachetant la société pharmaceutique autrichienne Immuno AG, transformée en une division scientifique, Hyland Immuno, renommée Baxter Bioscience. Remarquons qu'Immuno AG est à l'origine de ses solutions antihémophiliques, des préparations d'albumine, des vaccins contre la poliomyélite et la méningoencéphalite à tiques, d'une immunoglobuline antitétanique, de la colle de fibrine Tisseel et de différents concentrés de facteurs de coagulation.
Le groupe Novartis est largement implanté en Autriche, sous son nom [] et sous celui de Sandoz, le groupe Sandoz regroupant les activités 'génériques' de Novartis.
Le centre de recherche Novartis Institutes for Biomedical Research1 [114] se consacre aux maladies inflammatoires et plus particulièrement aux maladies de la peau, aux allergies et maladies auto-immunes, à la sclérose multiple et aux inflammations de l'intestin. Ce centre a découvert le Sandovac (vaccin anti-grippe), la tiamuline (antibiotique vétérinaire), l'Exodéril (naftifine) et le Lamisil (terbinafine) (allylamines fongicides utilisées contre les mycoses de la peau, des ongles et des cheveux), le Leucomax (pour le renforcement de l'hématopoïèse et du système immunitaire) et la sandoglobuline (immunoglobuline pour le traitement préventif des infections touchant les blessés graves et les grands brûlés).
Notons aussi que Novartis suit et encourage les activités autrichiennes de recherche médicale par le biais de prix. Les prix Novartis, délivrés annuellement depuis 1970, récompensent les travaux de jeunes scientifiques en médecine, biologie/biochimie et chimie.
Sandoz [115] produit des médicaments génériques et des substances pharmaceutiques et biotechnologiques, le générique constituant son cœur de métier. Ainsi, ses unités de recherche travaillent à optimiser ses processus de production et à développer de nouvelles formes galéniques, c'est à dire de nouvelles méthodes d'administration de principes actifs connus (développement de formulations plus stables et moins coûteuses, travail sur la libération prolongée2...).
En parallèle, Sandoz Österreich développe son propre pipeline, en poursuivant les activités biotechnologiques de Biochemie Kundl, producteur d'antibiotiques issu de la brasserie Kundler, racheté dès 1965 par Sandoz. Le site de Kundl, principal site de production du groupe Sandoz, met au point des protéines recombinantes, telles que la somatotropine, hormone de croissance administrable aux enfants atteints de problèmes de croissance. L'institut ABRI3 se consacre pour sa part aux antibiotiques, tels que les antibiotiques bêta-lactame4.
En Autriche, l'allemand Boehringer Ingelheim dispose d'un centre de recherche en oncologie, du centre de recherche fondamentale sur la régulation de la croissance cellulaire IMP5 et de sa centrale de distribution pour l'Europe de l'Est. Elle s'y est implantée dès 1961 avec le rachat de Bender&Co GmbH.
Son centre de recherche sur le cancer étudie les facteurs de croissance des cellules tumorales et leurs récepteurs, la régulation du cycle cellulaire, l'apoptose, les mécanismes de résistance aux thérapies, l'angiogénèse des tumeurs et le transport des principes actifs anticancéreux.
Le centre Lilly Area Medical Center Vienna s'intéresse au diabète, aux maladies osseuses, aux maladies cardiovasculaires et aux maladies du système nerveux central. Une soixantaine de collaborateurs y mènent et coordonnent des études cliniques. Le centre AMCR a d'ailleurs contribué à la création de l'école VSCR6, école dédiée à la formation continue en recherche clinique des médecins d'Europe centrale, d'Europe de l'Est et d'Afrique [118]. Depuis 1997, Vienne abrite également la centrale de distribution de Lilly pour l'Europe de l'Est.
Roche et Roche Diagnostics disposent quant à eux d'un centre d'excellence à Graz : ce centre développe et réalise la ligne de produits Hospital Point of Care, composés de senseurs et d'analyseurs des électrolytes et du gaz sanguin, utilisés par les stations de soins intensifs.
La société Biogen Idec Austria est l'entité autrichienne de la firme américano-suisse Biogen Idec, résultat de la fusion de Biogen et d'Idec Pharmaceuticals. Ses produits combattent la sclérose multiple (Avonex/Interféron beta-1a), l'hépatite B (Engerix-B), le psoriasis (Alefacept), l'angine instable et les ischémies cardiaques (Bivalirudine) ou le lymphome non hodgkinien (Mabthera et Ibritumomab Tiuxetan).
L'entreprise parapharmaceutique Melbrosin conduit elle aussi des recherches en Autriche, en collaboration avec la Clinique universitaire de gynécologie de l'Hôpital général de Vienne [10].
Ainsi, l'Autriche abrite des centres de développement et des sièges régionaux de bien des firmes pharmaceutiques internationales, ce qui booste la recherche biomédicale privée.
De fait, l'Autriche travaille à attirer les grandes entreprises étrangères, par le biais de sa stratégie Headquarter7. La loi apporte sa propre pierre à l'édifice, par des dispositions financières et fiscales en faveur des entreprises : taux d'imposition des entreprises fixé à 25%, rabats sur les impôts au prorata des dépenses de recherche engagées, primes d'aide à la recherche...
NB : les start-ups, autre moteur de la recherche en sciences du vivant, sont présentés dans la section 'Une poussée de jeunes pousses'.