Qui dit biotechnologies dit transferts de technologie : les sociétés de biotechnologies ont toujours à faire avec la recherche, qu'elles en exploitent les résultats (licences d'exploitation de brevets, accords de transfert de savoir-faire), qu'elles en fassent elles-mêmes (R&D interne) ou pour les autres (institution de recherche privée) ou qu'elles en fassent en partenariat avec des institutions de recherche extérieures (R&D externalisée).
C'est par transfert technologique que les résultats de recherche commencent leur transformation en produits ou en technologies commercialisables.
Ce cheminement du laboratoire au marché intéresse l'économie, les biotechnologies étant vues comme un secteur économique d'avenir. Par conséquent, l'un des premiers programmes fédéraux en faveur des biotechnologies a été créé par le Ministère de l'économie et du travail (BMWA1). Le programme Impulsprogramm Biotechnologie était géré par le Service économique autrichien (AWS) au nom du ministère. L'AWS, équivalent national de l'ANVAR/OSEO est à la fois une agence de financement de l'innovation et une banque de développement des entreprises.
Rebaptisé Life Sciences Austria/LISA [138], le programme s'est poursuivi et se poursuit encore, toujours sous l'autorité de l'AWS et pour le compte du BMWA. L'AWS accompagne les créateurs d'entreprises en sciences du vivant, tout au long de leur cheminement, de la création de l'entreprise à son entrée en bourse : veille technologique et analyse de l'état de l'art, conseil en propriété intellectuelle et aide au dépôts de brevets, aide à la rédaction de business plans, formation au management et à la création d'entreprises, financement des études de faisabilité et de marché précédant la création, mise à disposition d'infrastructures, capital de préamorçage2, prêts remboursables en cas de succès, capital d'amorçage, recherche de capitaux-risqueurs, crédits d'aide au développement, recherche de partenaires industriels et technologiques... L'ensemble des instruments de financement et de développement d'une biotech sont réunis sous un seul toit, suivant le principe du guichet unique.
Le Service économique autrichien organise également une compétition internationale d'importance : 'Best of Biotech - get your business started' [142]. Cette compétition, incluse dans les programmes LISA et LISA Vienna Region, est ouverte à tout créateur d'entreprise potentiel : étudiants, scientifiques travaillant dans des institutions universitaires ou extra-universitaires, simples citoyens ayant des idées à faire valoir. Elle les incite à rédiger et à affiner leurs business plans, au cours d'ateliers et de séances de coaching. Les meilleurs business plans, issus d'Autriche, d'Hongrie, de Slovaquie, de République tchèque et de Slovaquie, sont alors récompensés, et leurs auteurs se voient soutenus dans leur mise en œuvre.
Tout type de projet ayant trait aux sciences du vivant est susceptible d'être sélectionné, qu'il est trait à la biotechnologie rouge, à l'agrobiotechnologie ou à la biotechnologie grise, qu'il vise à générer des produits (instruments médicaux, molécules...) ou de simples services (Supply & Services, méthodes de séquençage, services bioinformatiques...). Ainsi, depuis sa création, la compétition BestOfBiotech a examiné 154 projets et contribué au lancement de 17 entreprises, parmi lesquelles Green Hills, Oridis Biomed et Biovertis.
NB : la compétition est internationale, l'Autriche souhaitant contribuer à la naissance d'un cluster biotechnologique transnational en Europe de l'Est.
Le programme national LISA et le programme régional LISA Vienna Region [139] sont spécifiquement destinés aux acteurs des sciences du vivant. D'autres programmes, pourtant, peuvent leur apporter un soutien. L'instrument Umwelt & Infrastruktur, par exemple, aide les biotechs développant des technologies environnementales (traitement des déchets, dépollution des sols, production d'énergie verte...).
L'action Patentkreditaktion contribue au financement des dépôts de brevets et de certificats d'utilité, pendant que le programme AWS Patentverwertung WWTF accompagne des projets sélectionnés par le Fonds viennois pour la science, la recherche et la technologie3 dans le cadre des appels LISA Vienna Region, en réalisant des analyses de l'état de l'art et en étudiant les possibilités de valorisation des idées soumises.
Le logiciel Plan4You, codéveloppé par l'AWS, le service d'aide aux créateurs de la Chambre de commerce autrichienne et l'éditeur Haude electronica, aide les créateurs d'entreprises à rédiger leurs business plans et leurs plans de développement. Il leur fournit des modèles et des conseils de rédaction, calcule les budgets prévisionnels et dresse des plans de trésorerie sur quatre ans.
Le programme Preseed Biotech finance les études de faisabilité technique préalables à la création de spin-offs issus d'instituts universitaires ou extra-universitaires.
Le transfert technologique en direction des PME-PMI est également promu au travers du programme protec2002+ [148]. Ce programme, initié par le Ministère autrichien de l'économie et du travail et courant de 2002 à 2006, a déjà soutenu 49 projets incluant 337 partenaires, dont 197 PME, pour un montant total de 7,8 millions d'euros. Il comprend trois sous-programmes : le premier, dénommé protec-TRANS [149], sert au financement de projets de transferts technologiques incluant une seule entreprise ; le second, dénommé protec-INNO, contribue au développement et à la mise en place d'outils de management de l'innovation au sein des PME-PMI ; le troisième et dernier, protec-NETplus [150], favorise la création de réseaux de PME innovantes et la réalisation de projets impliquant plusieurs entreprises.
Le récent programme NETWEIs für KMUs aide les PME-PMI à identifier les technologies récentes ou en développement et susceptibles de profiter à leur activité économique.
Le programme ZIT-Begutachtung conseille les porteurs de projets faisant appel au Centre viennois de l'innovation et de la technologie4, entre autres dans le cadre de LISA Vienna Region. Les dossiers-projets sont expertisés, financièrement et techniquement, pour aider leurs porteurs à les améliorer.
Le programme uni:invent veut valoriser la recherche universitaire, en aidant les universités à déposer des brevets et à les valoriser, voire en gérant leur porte-feuille de brevets.
L'agence de valorisation des brevets Tecma5, service de l'AWS, fait de même, indépendamment de l'origine (universitaire ou non) des résultats de recherche : l'AWS prend à sa charge les coûts liés au dépôt de brevets et à leur valorisation, trouve des contractants auxquels céder des licences d'exploitation, suit les négociations correspondantes et veille à ce que les royalties soient bien versées.
Le service Tecnet réalise des états de l'art et des analyses de marché, moyennant finances. Ce service est donc à comparer au service d'informations serv.ip de l'Office autrichien des brevets [], qui effectue à la demande des états de l'art et de la technique, par croisement des informations issues des offices des brevets et des banques de données de publications scientifiques.
La valorisation de la recherche est également assurée par la société Christian Doppler, vouée à faire le lien entre les entreprises et les institutions de recherches universitaires, au travers d'unités mixtes de recherche. Ses unités mixtes, créées pour une durée de 7 ans, sont installées au sein des universités et dirigées par un membre du corps universitaire, mais sont cofinancées -à égalité- par le secteur public (BMWA) et le secteur privé, sur le modèle du partenariat public-privé.
On dénombre à ce jour six laboratoires Christian Doppler usant des biotechnologies :
La valorisation de la recherche par la création de start-ups est encouragée par la présence et le travail des incubateurs et des centres d'aide à la création d'entreprises.
Les centres AplusB/Academia plus Business sont des centres d'aides à la création, fraîchement ouverts ou en cours de construction, et spécifiquement dédiés aux spin-offs universitaires. Chaque université ou région disposera du sien : Science Park à Graz, BUILD!6 en Carinthie, CAST7 au Tyrol, INiTS à Vienne, Tech2b pour la Haute-Autriche, v-start au Vorarlberg, BCC8 à Salzbourg, ZAT en Styrie et ac'cent en Basse-Autriche. Tous sont financés dans le cadre du programme Academia plus Business, programme du BMVIT pour la création de spin-offs académiques.
Un grand incontournable : les grappes technologiques, clusters, centres de compétences ou technopoles. Quelque soit le nom choisi, ces groupements sont des éléments clés de bien des politiques de l'innovation. L'idée ? Réunir en un même lieu des acteurs de la recherche et des acteurs économiques, en souhaitant que la proximité géographique et thématique favorise les échanges. La multiplication des échanges doit y stimuler la recherche (par échange d'idées, de pratiques et par émulation), l'économie (par échanges d'informations et de bonnes pratiques et par la création de partenariats commerciaux ou technologiques) et la valorisation de la recherche par l'économie (par transfert technologique). Les échanges y sont informels puis éventuellement formels : partenariats de recherche, partenariats commerciaux ou technologiques, contrats de recherche (pour la recherche externalisée), accords de transfert de technologies, cessations de licences...
La principale technopole est le cluster LISA Vienna Region, porté par l'association ARGE Life Science Austria [139], dans le cadre du programme LISA et en collaboration étroite avec la ville de Vienne. Ce cluster comprend entre autres le Campus Vienna Biocenter [140], regroupant Novartis, Baxter, Boehringer Ingelheim et une trentaine de start-ups.
Seconde par sa taille, la technopole de Krems a été mise sur pied par le gouvernement de Basse-Autriche et son agence de développement économique Ecoplus. Ses points-forts sont -pour la biotechnologie- la biologie cellulaire, les technologies de purification du sang, les techniques de mesure, l'ingénierie des tissus et les technologies d'adsorption.
Les centres de compétences, créés par les programmes nationaux k-plus, k-ind et k-net, sont des regroupements d'industriels et d'instituts de recherche de plus petite taille : leur dénominateur commun est précis, leur spécialisation importante. Ces centres sont relativement récents (2003-2004), mais veulent -à terme- avoir un rayonnement à l'international, non pour leurs dimensions, mais pour leur excellence dans un domaine précis, bien délimité.
Trois centres à vocation technologique et industrielle, issus de programmes du Ministère autrichien de l'économie et du travail, sont à prendre en compte : les centres KMT9 et HITT10, de type k-ind (centres de compétences industriels), et le réseau ACBT11, de type k-net (réseaux de compétences).
Les centres k-plus, soutenus par le Ministère des transports, de l'innovation et de la technologie sont plutôt des institutions de recherche appliquée, temporaires, conçues pour 7 ans et destinées à résoudre des problèmes de R&D précis. Ainsi, et parce qu'ils peuvent servir de fondements à de futures grappes technologiques, les centres k-plus AB12, ABC13, BMT14 et WOOD15 contribuent à la valorisation de la recherche en sciences du vivant.
L'efficacité d'un système de valorisation de la recherche est bien souvent mesuré à l'aune du nombre de brevets. À ce jeu, l'Autriche se défend, son nombre de demandes de brevets par million d'habitants étant supérieur à celui de la France et de l'Europe. De plus, le nombre de brevets déposés en Autriche croît régulièrement : en 2004, 3581 demandes de brevets et de certificats d'utilité ont ainsi été faites, contre 3423 en 2003 et 3165 en 200216. Toutefois, 7% seulement ont trait à la médecine.
| 1994 | 1995 | 1996 | 1997 | 1998 | 1999 | 2000 | 2001 | 2002 | |
| UE (25 pays) | 75.244 | 78.941 | 91.5 | 103.037 | 113.364 | 125.792 | 134.655 | 134.511 | |
| UE (15 pays) | 89.997 | 94.3 | 109.216 | 122.882 | 135.081 | 149.702 | 159.873 | 159.546 | |
| France | 94.361 | 96.903 | 105.899 | 118.462 | 127.061 | 137.693 | 143.003 | 145.524 | 144.175 |
| Autriche | 95.999 | 95.372 | 107.328 | 134.527 | 133.906 | 155.23 | 172.718 | 173.179 | 183.876 |
| 1994 | 1995 | 1996 | 1997 | 1998 | 1999 | 2000 | 2001 | 2002 | |
| UE (25 pays) | 48.562 | 51.423 | 57.211 | 61.035 | 61.109 | 54.966 | 40.738 (p) | 23.643 (p) | |
| UE (15 pays) | 58.152 | 61.532 | 68.438 | 72.891 | 73.01 | 65.604 | 48.512 (p) | 28.137 (p) | |
| France | 61.103 | 64.655 | 68.478 | 72.676 | 71.156 | 62.998 | 41.657 (p) | 22.975 (p) | 7.82 (p) |
| Autriche | 54.323 | 55.907 | 57.688 | 70.21 | 70.357 | 65.122 | 56.175 (p) | 40.181 (p) | 10.874 (p) |