Jusqu'à présent, on pensait que les organismes évolués étaient génétiquement beaucoup plus complexes que les organismes primitifs. Cette théorie vient d'être remise en cause par Bert Hobmayer, de l'Institut de zoologie et de limnologie de l'Université d'Innsbruck. Ses résultats, fruits d'une collaboration avec des chercheurs américains et allemands, font la une de la revue Nature du 13 janvier 2005.
Le chercheur autrichien et son équipe ont découvert chez l'anémone Nermatostella vectensis une diversité étonnement élevée de gènes Wnt. Ces gènes interviennent dans les premiers stades du développement de tout être vivant. Lorsque les gènes Wnt ont été découverts pour la première fois, les chercheurs les ont appelés gènes tumoraux car ils les soupçonnaient d'être responsables du développement de tumeurs chez les vertébrés. On sait maintenant que leur rôle est très important lors de la phase de développement d'un organisme : cette famille de gènes code pour des molécules de signalisation qui contrôlent le développement des cellules souches, en ordonnant à chaque cellule de continuer à proliférer ou de se différencier en une cellule spécifique (cellule cardiaque, neurone, cellule du foie...). Hobmayer déclare ainsi que "les gènes Wnt décident du destin de chaque cellule"
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Ces gènes sont également responsables du développement des organes chez les adultes. Mais il arrive que, dans l'organisme adulte, les gènes soient altérés : ne pouvant plus remplir leur fonction de signalisation, ils laissant le champ libre aux tumeurs.
Les résultats de Bert Hobmayer et de son équipe mettent en évidence un paradoxe de la théorie de l'évolution : la diversité génétique d'organismes simples peut être nettement plus importante que celle d'organismes évolués. Auparavant, les biologistes supposaient que, plus un organisme était évolué, plus grande devait être la variété de gènes en sa possession. Aucun résultat n'était encore venu contredire cette théorie : l'Homme dispose de plus de dix neuf sortes de gènes Wnt, les animaux vertébrés possèdent douze sous-familles de gènes Wnt, tandis que les insectes n'en possèdent que sept. Les scientifiques s'attendaient donc à trouver un chiffre encore plus bas pour un animal primitif tel que l'anémone. Ils en ont pourtant dénombré plus d'une douzaine et des études plus poussées ont montré que certains avaient disparu chez des organismes plus développés dérivés de l'anémone.
Dans la recherche sur l'évolution, les anémones font office de fossiles vivants. Ces organismes simples, qui font partie des premiers êtres vivants pluricellulaires, ont très peu évolué en six cent millions d'années d'existence. Or les chercheurs y ont retrouvé la quasi-totalité des gènes Wnt humains. Le mécanisme de communication cellulaire semble donc très ancien.