L'enzyme hybride Bcr-Abl, résultat d'une fusion entre la tyrosine kinase Abl et la protéine Bcr ('Breakpoint cluster region') est à l'origine de différentes leucémies, dont la leucémie myéloïde chronique (LMC) et la leucémie aiguë lymphoblastique (LAL). Pour autant, sa structure et son mode d'action restent largement méconnus.
Sous la direction de Giulio Superti-Furga, le Centre de médecine moléculaire de l'Académie autrichienne des sciences (CeMM) a quelque peu éclairci le mystère, en déterminant la structure des sites de jonction de Bcr-Acl et de son complément cellulaire c-Abl (site FABD, 'F-actin binding domain'). Ces sites permettent l'accrochage de Bcr-Abl au cytosquelette, et détermine ainsi la position de l'enzyme à l'intérieur de la cellule. Or c'est en fonction de sa position que Bcr-Abl agira ou non sur la cellule, et entraînera ou non une croissance cellulaire incontrôlée. L'oncogène Bcr-Abl est en effet capable de déplacer des groupes phosphate d'une protéine à l'autre. D'où, parfois, une prolifération des globules blancs puisque l'enzyme Bcr-Abl s'exprime dans les globules blancs, suite à certaines modifications chromosomiques (translocations réciproques t(9;22)(q34;q11)).
Les travaux, menés en partenariat avec le Laboratoire européen de biologie moléculaire d'Heidelberg (EMBL), ont fait appel à la résonance magnétique nucléaire.
Une nouvelle méthode de traitement des leucémies pourrait maintenant en être tirée. Son principe ? Empêcher la protéine Bcr-Abl de se lier au cytosquelette à un endroit tel qu'elle puisse avoir une activité cancérigène.