Des médecins de l'Université médicale de Graz sont parvenus à comprendre les modes d'action de deux médicaments couramment employés contre les maladies du foie causées par une cholestase (c'est-à-dire par un ralentissement ou un arrêt de la circulation de la bile).
La bile est un agent émulsionnant des graisses qui brise les lipides ingérés pour que ceux-ci puissent être digérés par les enzymes pancréatiques. Sécrétée par le foie à partir de cholestérols, elle est stockée par la vésicule biliaire puis excrétée vers l'intestin par le conduit biliaire, pendant les phases de digestion. Si cette circulation ne se fait pas, par exemple parce qu'un calcul biliaire (lithiase) obstrue les voies d'écoulement, le foie tend à s'empoisonner : c'est par la bile, en effet, que les toxines filtrées par le foie sont acheminées vers l'intestin puis éliminées. Leur non-élimination entraîne des inflammations puis des cirrhoses du foie, avec destruction des cellules hépatiques.
Ces dérèglements sévères sont aujourd'hui traités par administration de rifampicine ou d'acide ursodésoxycholique, des études empiriques ayant démontré leur efficacité. Leurs mécanismes d'action étaient pourtant méconnus.
Par une étude de marqueurs moléculaires, Michel Trauner et son équipe ont montré que l'acide ursodésoxycholique (UCDA) stimule l'excrétion de bile par le foie en direction de la vésicule biliaire, tandis que la rifampicine (RIFA) préserve les cellules du foie d'un empoisonnement par les toxines accumulées. En effet, l'administration de RIFA provoque une surexpression des marqueurs CYP3A4, UGT1A1 et MRP2, témoins d'une détoxification de l'acide biliaire et d'une excrétion accrue de bilirubine conjuguée. Inversement, l'administration d'UCDA se traduit par une surexpression de BSEP, MDR3 et MRP4 : l'acide ursodésoxycholique stimule donc l'expression de la flippase et des transporteurs impliqués dans la circulation canaliculaire et baso-latérale des acides biliaires. Par conséquent, les deux médicaments ont des actions complémentaires et gagneraient à être administrés en parallèle.
Les auteurs de l'étude ont également développé un dérivé de l'acide ursodésoxycholique, par modification de quelques unes de ses chaînes latérales, et espèrent faire de cette molécule, déjà brevetée, un nouveau médicament contre les dérèglements de la circulation de la bile.