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Les cellules souches embryonnaires humaines - État de la situation politique et éthique

Un engagement en faveur du débat

L'Autriche, éthiquement conservatrice, a adopté une attitude proactive : le débat et la recherche en bioéthique sont fortement encouragés par les pouvoirs publics.

À l'origine de cet engagement en faveur du débat, la volonté, partagée par les principaux partis, de développer énergiquement le secteur des biotechnologies, par la mise en place du programme national de soutien aux biotechnologies GEN-AU [5], programme d'une durée de neuf ans (2001-2010), doté de cent millions d'euros, favorisant la recherche en génomique et post-génomique. Or, par cette initiative, la classe politique se plaçait en porte-à-faux par rapport à l'opinion publique, majoritairement opposée à ces nouvelles techniques et plus particulièrement aux OGM (cf. référendum de 1997, 'Gentechnik-Volksbegehren'). La classe politique s'opposait pareillement à la législation autrichienne, jusqu'alors très conservatrice et largement alignée sur les positions de l'Église catholique. Par conséquent, la mise en place de programmes fédéraux en faveur des biotechnologies et leur acceptation imposaient que le débat bioéthique naisse et que scientifiques, théologiens, philosophes et grand public puissent échanger.

Trois types de mesures favorisent ce débat bioéthique :

Parmi les projets GEN-AU ELSA, mentionnons simplement ceux ayant à faire avec les cellules souches et le clonage :

Les positions de la Commission nationale de bioéthique

Le 11 février 2002, la Commission de bioéthique a recommandé à l'unanimité l'adhésion de l'Autriche à la convention de bioéthique du Conseil de l'Europe de 199721, premier instrument juridique international contraignant destiné à garantir la dignité, l'intégrité, les droits et les libertés de l'être humain face aux applications abusives des progrès de la biologie et de la médecine22. Son avis n'a pas été suivi par le gouvernement autrichien.

Les 3 avril et 8 mai 2002, la commission a pris position sur la question de la recherche sur les cellules souches dans le contexte du 6e programme cadre européen de recherche et de développement23. La commission de bioéthique a déclaré encourager la recherche sur les cellules souches adultes, à l'instar du Conseil de l'Europe. Elle a aussi approuvé la position du Parlement européen condamnant le clonage reproductif, la création d'embryons à des fins de recherche et les manipulations du patrimoine génétique humain. Mais elle s'est divisée en ce qui concerne la recherche sur les cellules souches embryonnaires.

Dans la législation autrichienne, les cellules embryonnaires ne peuvent être utilisées qu'à des fins de reproduction. Mais qu'en est-il de celles provenant des embryons surnuméraires, d'avortements naturels ou d'interruptions volontaires de grossesse ? Les avis sont partagés : tous les membres se sont opposés aux recherches sur le transfert de noyaux de cellules somatiques dans des ovocytes énuclées (clonage thérapeutique ou reproductif). Tous ont déclaré que les recherches sur les cellules souches embryonnaires non issues de la masse interne et sur les cellules fœtales issues d'avortements devaient faire l'objet de procédures d'examen soignées mais ne devaient pas être exclues a priori. Par contre, 11 des membres se sont déclarés favorables à des recherches sous conditions usant des lignées de cellules souches embryonnaires existantes, pendant que les huit membres restants s'y opposaient. Le gouvernement a décidé de ne pas suivre les recommandations de la majorité de sa commission et s'est battu contre le financement communautaire des projets du 6e PCRD relatifs aux cellules souches embryonnaires.

Le 12 février 2003, la Commission de bioéthique a condamné à l'unanimité le recours au clonage reproductif24, et ce pour des raisons éthiques et non pas seulement techniques ou médicales (risques encourus par la mère et l'enfant, faible efficacité du procédé...). Elle condamne le principe même du clonage reproductif...

Le 10 mars 2004, la commission a donné son avis sur la proposition de loi modifiant la loi sur la procréation médicalement assistée FMedG25. Elle salue la plupart des modifications introduites : l'allongement de la durée maximale de stockage des ovules, du sperme et des embryons des donneurs ayant à subir des chimiothérapies, des radiothérapies ou des immunothérapies compromettant leur fertilité ; l'adaptation de cette durée à l'âge du donneur, afin que la plage de fertilité naturelle soit respectée ; l'exclusion de toute utilisation post mortem des gamètes et des embryons de donneurs décédés et l'interdiction légale du clonage reproductif. Cependant, une des modifications introduites a été constestée, celle consistant à interdire explicitement le clonage thérapeutique. Sept des membres de la commission souhaitent cette interdiction formelle, neuf s'y opposent.

Les positions de quelques personnalités autrichiennes

Johannes Huber, président de la Commission nationale de bioéthique, gynécologue et théologien, considère que la chrétienté a un rôle à jouer dans le débat éthique et que les questions de bioéthique ne doivent pas être seulement discutées entre spécialistes. D'un point de vue plus pratique, Johannes Huber considère que des cellules souches embryonnaires pourraient être extraites des embryons issus de grossesses extra-utérines interrompues.

L'évêque de Graz, Egon Kapellari, estime que le devoir d'un chrétien est de s'élever contre toute tentative d'atteinte à la dignité et aux valeurs de la vie humaine.

Gerhard Luf, philosophe du droit et membre de la Commission autrichienne de bioéthique, juge le droit autrichien inadapté aux progrès de la biomédecine et critique l'interdiction stricte de l'utilisation des cellules souches embryonnaires. À ses yeux, il faut différencier droit à la vie et dignité humaine, eu égard aux embryons surnuméraires, détruits. On ne peut simultanément reconnaître le statut de l'embryon à un stade précoce et autoriser leur destruction systématique.

Un autre membre de la commission, Meinrad Peterlik, plaide pour l'utilisation de cellules souches adultes ou issues du sang placentaire et pour un moratoire sur l'utilisation des cellules souches embryonnaires.

Le professeur Ernst Wolner estime que la recherche sur les cellules souches adultes n'a pas grand sens puisque les cellules souches embryonnaires ont des capacités nettement supérieures et que des milliers d'embryons sont détruits chaque année. Il s'étonne des apparentes contradictions d'une société autorisant l'avortement et interdisant l'utilisation des cellules souches embryonnaires.

Notons encore qu'en juillet 2001, 73% des Autrichiens refusaient la recherche sur les embryons quand 15% l'approuvaient ; inversement, 74% d'entre eux étaient favorables à un diagnostic prénatal servant à l'identification précoce de handicaps ou de maladies pendant que 13% s'y opposaient.

14. Cf. conférence 'Mapping controversies. The case of genetically modified food'
15. 'Patentgesetz 1970'
16. 'Ethical, Legal and Social Aspects'
17. Projet intitulé 'Pränatale Diagnose: Individuelle Entscheidung oder "Verteiltes Handeln"?'
18. ANT, Actor-Network Theory : théorie sociologique des réseaux hétérogènes, applicable à l'étude de controverses scientifiques ou techniques
19. Projet intitulé 'Sozialökonomische Veränderungen und Biotechnologien aus geschlechtsspezifischer Perspektive - Die Anwendung biotechnologischen Wissens im Modell der Krankenversicherung'/'Les biotechnologies et les changements socioéconomiques du point de vue du genre - Pour une utilisation des connaissances biotechnologiques dans les modèles de gestion des assurances maladie'
20. Projet intitulé 'Wissenschaftliche Rückständigkeit und die Last der Ideologie - Historische Verzögerung in der österreichischen Genomforschung und politische Forderungen nach praktischer Anwendung'/'Le poids des idéologies dans l'obsolescence de la science - Les retards historiques de la génomique autrichienne et les exigences politiques d'applicabilité pratique'
21. 'Convention pour la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine' ou 'Convention sur les Droits de l'Homme et la biomédecine'
22. 'Beschlu\ss der Bioethikkommission vom 11. Februar 2002 betreffend die Empfehlung für einen Beitritt Österreichs zur Biomedizinkovnetion des Europarates'
23. 'Stellungnahme der Bioethikkommission zu Fragen der Stammzellenforschung im Kontext des 6. Rahmenprogramms der EU im Bereich der Forschung, technologischen Entwicklung und Demonstration als Beitrag zur Verwirklichung des Europäischen Forschungsraums'
24. 'Zwischenbericht zu sogenannten reproduktiven Klonen im Hinblick auf eine ausführliche Stellungnahme zur Anwendung des Klonens auf den Menschen, zum Embryonenschutz und zur Forschung an Embryonen, zur Präimplantationsdiagnostik sowie zu weiteren Fragen der Fortpflanzungsmedizin'
25. 'Stellungnahme der Bioethikkomission zum Entwurf eines Bundesgesetzes, mit dem das Fortpflanzungsmedizingesetz (FMedG) geändert wird'
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